La poliomyélite

Histoire de la maladie

    La poliomyélite est causée par l’un des trois poliovirus existants. Ces virus appartiennent au genre des Entérovirus (9,23).

  
    Les premières traces de la poliomyélite datent de l’Egypte antique. Des séquelles de la maladie sont retrouvées sur des momies dont la plus ancienne date de 3700 ans avant J.C. Un autre exemple est la stèle votive dédiée à Ashtart (déesse sumérienne de la maternité et de l’amour mais également protectrice des blessés et handicapés). Elle représente un prêtre syrien, Ruma, avec un membre inférieur droit atrophié et fléchi et le pied en varus équin s’aidant d’un bâton.

  
    Aucune trace n’a été observée depuis jusqu’au XVIIIème siècle. En 1789, le pédiatre londonien M. Underwood va faire la description de la maladie qui prendra plus tard le nom de « paralysie infantile ». Au cours du XIXème siècle, les descriptions de la maladie venant de plusieurs pays sont de plus en plus nombreuses et plus précises.

  
    En 1840, J. Heine médecin wurtembergeois (ancien état de l’Allemagne) fut le premier à individualiser cliniquement la maladie.

 
    Les premières descriptions anatomopathologiques précises datent de 1855 avec G. Duchenne. Par la suite, J-L. Prevost localise les lésions au niveau de la corne antérieure de la moelle épinière en 1865. Ces données sont confirmées par A. Vulpian (1866) et J. Charcot (1870).

  
    Le caractère épidémique va être mis en évidence par le chirurgien lyonnais M. Cordier en 1888 qui a réalisé une étude rétrospective. Par la suite plusieurs épidémies sont décrites dans plusieurs pays.

  
    Au début du XXème siècle la maladie est connue sur le plan clinique, épidémiologique et anatomopathologique. L’agent causal n’a pas encore été mis en évidence. Les épidémies sont de plus en plus fréquentes et de plus en plus sévères et touchent tous les continents (24,25).

 

Eléments de clinique

    Les poliovirus sont principalement présents dans les selles des personnes infectées. Le réservoir est humain. La transmission peut se faire par l’ingestion d’aliments, d’eau, de boissons contaminées par les selles d’une personne porteuse du virus. Elle peut se faire également à partir des virus de la gorge des personnes infectées.

   
    L’infection est inapparente dans la plupart des cas (75%). Elle peut se traduire par de la fièvre, une sensation de malaise, des maux de tête, des troubles gastro-intestinaux, une raideur de la nuque et du dos. Parfois le virus atteint la moelle épinière et les neurones ce qui peut être responsable de paralysies définitives (1 cas sur 200). Celles-ci sont d’extensions variables atteignant un muscle, un membre ou pouvant se généraliser et entraîner des troubles respiratoires ou des handicaps très lourds.

  
    Avant la vaccination il s’agissait de la première cause de handicap chez les enfants. La maladie peut évoluer vers le décès. Parmi les sujets paralysés, 5 à 10 % meurent lorsque leurs muscles respiratoires cessent de fonctionner (9,23,26,27).

 

Le vaccin

Histoire

    La phase virologique de la poliomyélite débute en 1908 quand K. Landsteiner associé à E. Popper parviennent à contaminer deux singes. A la même époque, S. Flexner à l’institut Rockfeller à New-York, ville très touchée par la maladie, confirme les résultats précédents et isole le virus de la moelle mais aussi dans des ganglions mésentériques et des muqueuses nasales et pharyngées. La transmission aérodigestive est confirmée en 1940 après la découverte du virus dans les égouts. En 1951, les trois souches du virus sont identifiées après un programme de typage lancé en 1948 par la « National Foundation for Infantil Paralysis » (24,25). En 1949, J. Enders, T. Weller et F. Robbins réussirent à mettre au point des cultures cellulaires sur lesquelles ils réussissent à multiplier le virus de la poliomyélite. A partir de ce moment, la création et la production du vaccin en grande quantité ont été possibles (6,25).

  
    A l’heure actuelle il existe deux types de vaccins. Le premier est le vaccin injectable développé par J. Salk en 1954 contenant les 3 sérotypes inactivés du virus. Le deuxième est un vaccin oral développé par A. Sabin en 1957 contenant aussi les trois sérotypes atténués du virus. Avec la vaccination la poliomyélite entre dans une nouvelle ère (6,25).

 

Conséquences

    Avec l’utilisation de ces deux vaccins l’incidence de la poliomyélite va chuter de manière spectaculaire. Il reste cependant des disparités dans le monde.


    Aux Etats-Unis, avec l’utilisation du vaccin injectable inactivé de 1955 à 1961, le nombre de cas passe de 18000 en 1954 à 1000 en 1961 (25).

  
    En France, la vaccination contre la poliomyélite fait partie du calendrier vaccinal depuis 1958 pour le vaccin injectable de Salk et depuis 1962 pour le vaccin oral de Sabin. Elle est obligatoire depuis 1964. Le vaccin est très efficace et permet une protection dès la deuxième injection.

  
    Le vaccin oral atténué n’est plus utilisé en France. Il est utilisé dans les pays où circulent encore les poliovirus car il est moins coûteux, facile à administrer, vaccine l’entourage par propagation du virus vaccin et permet de stopper une épidémie. L’inconvénient du vaccin oral est que les souches virales contenues peuvent muter et retrouver leur virulence pouvant causer des poliomyélites paralytiques. Bien que ces évènements soient très rares (4 cas / 1 000 000 par an), ce type de vaccination n’est donc plus justifié quand le virus ne circule plus.

  
    L’élimination de la poliomyélite du continent américain a été certifiée en 2000 et également en 2002 pour le continent européen. En 2015, l’éradication du virus sauvage de type 2 a été prononcée devant l’absence de cas depuis 1999. Depuis 2012, aucun cas dû au poliovirus de type 3 n’a été signalé (9,23,27–29).

 

La maladie de nos jours

En France

    La poliomyélite est une maladie à déclaration obligatoire depuis 1936. Le dernier cas autochtone remonte en 1989. Le dernier cas importé date de 1995. Le dernier isolement du virus sauvage chez un sujet n’ayant pas voyagé récemment remonte à 1989. Une extrême vigilance est nécessaire concernant une possible réintroduction du virus en raison de la persistance de foyers endémiques dans le monde. Une surveillance renforcée des entérovirus est réalisée chez l’homme et dans l’environnement en plus de la déclaration obligatoire (29).

 

Figure 4 : Nombre de cas et de décès de poliomyélite déclarés en France de 1949 à 2016
(Source : Santé Publique France, CépiDC, Le Monde (21))

  

Figure 5 : Incidence par million d’habitants et mortalité par million d’habitants de poliomyélite
en France de 1949 à 2016  (Source : Santé Publique France, Le Monde (21))

 

Dans le monde

    Depuis 1988, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a fixé l’objectif d’éradiquer la poliomyélite. Le nombre de cas a diminué de plus de 99 % depuis ce moment-là passant de 350 000 à 37 cas notifiés en 2016. Ainsi plus de 16 millions de personnes ont évité la paralysie grâce aux efforts mondiaux pour éradiquer la maladie et on estime à 1,5 million le nombre de décès d’enfants évités grâce à l’administration conjointe de vitamine A (stimulateur immunité).

  
    De nos jours 3 pays sont endémiques, à savoir l’Afghanistan, le Nigéria et le Pakistan. L’Asie du Sud Est a été certifiée exempte de poliomyélite en 2014.

  
    Des pays ont été victimes de flambées de foyers épidémiques suite à l’importation de virus sauvages. Par exemple, 12 pays ont été concernés en 2011 et 2 pays en 2012.

  
    Tant qu’une seule personne reste infectée toutes les autres dans tous les pays risquent de contracter la poliomyélite. Selon l’OMS l’échec de l’éradication dans les derniers bastions de la maladie pourrait aboutir à ce que 200 000 nouveaux cas réapparaissent chaque année au cours des 10 ans à venir (27,29).